Droit de la Consommation

Litige avec un artisan : que faire ? Les 5 étapes

Travaux mal faits, chantier abandonné, acompte encaissé sans suite : mettez l'artisan en demeure par écrit, vérifiez vos garanties légales (1, 2 et 10 ans) et saisissez gratuitement le médiateur de la consommation avant le tribunal.

Travaux mal faits, chantier abandonné, acompte encaissé sans que l'artisan ne revienne, facture qui dépasse le devis…

Un litige avec un artisan est l'un des conflits les plus fréquents, et l'un des plus stressants : votre logement est souvent en jeu, et les sommes sont importantes.

Bonne nouvelle : la loi vous protège, et dans la grande majorité des cas, une démarche bien menée permet d'obtenir réparation sans aller jusqu'au tribunal.

Voici les 5 étapes à suivre, dans l'ordre, et les recours selon votre situation.

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Étape 1 : identifier votre problème exact

Les recours ne sont pas les mêmes selon ce qui s'est passé. Commencez par situer votre litige :

💡 Astuce : rassemblez dès maintenant le devis signé, les factures, les preuves de paiement, les échanges écrits (SMS, e-mails) et des photos datées des travaux. Ce sont vos meilleures armes.

Étape 2 : vérifier si les travaux ont été « réceptionnés »

C'est le point qui change tout pour les travaux sur un bâtiment.

La réception est l'acte par lequel vous acceptez les travaux, avec ou sans réserves (article 1792-6 du Code civil). Elle se fait en général par un procès-verbal de réception signé à la fin du chantier.

  • Avant la réception : l'artisan doit terminer et corriger son travail au titre du contrat. Ne signez pas un procès-verbal sans réserves si des défauts sont visibles.
  • Après la réception : vous bénéficiez de garanties légales qui courent à partir de cette date.

Étape 3 : connaître vos garanties légales

Pour les travaux de construction et de rénovation, la loi prévoit trois garanties, qui s'appliquent même si le contrat n'en parle pas :

  • La garantie de parfait achèvement (1 an) : l'artisan doit réparer tous les désordres signalés à la réception ou par écrit dans l'année qui suit (article 1792-6 du Code civil).
  • La garantie de bon fonctionnement (2 ans minimum) : elle couvre les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage réalisé, comme des volets ou des radiateurs posés lors d'une construction (article 1792-3 du Code civil).
  • La garantie décennale (10 ans) : elle couvre les dommages graves qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à son usage (article 1792 du Code civil et article 1792-4-1 du Code civil).

⚠️ Attention en cas de rénovation : si l'équipement (chauffe-eau, radiateurs, climatisation…) a été installé en remplacement ou en ajout sur un logement existant, sans constituer en lui-même un ouvrage, il ne relève ni de la garantie décennale ni de la garantie de bon fonctionnement, quelle que soit la gravité du problème. C'est alors la responsabilité contractuelle de l'artisan qui s'applique (article 1231-1 du Code civil ; Cour de cassation, 3e chambre civile, 21 mars 2024, n° 22-18.694).

Pour le détail de chaque garantie, lisez notre guide Garanties après travaux : parfait achèvement, biennale et décennale.

💡 Bon à savoir : l'artisan doit être assuré pour sa garantie décennale. Demandez-lui son attestation d'assurance : si l'entreprise disparaît, c'est l'assureur qui pourra prendre le relais.

Étape 4 : mettre l'artisan en demeure par écrit

Avant toute autre démarche, envoyez une lettre de mise en demeure, de préférence en recommandé avec accusé de réception (article 1344 du Code civil).

Elle doit indiquer :

  • les travaux concernés (date et numéro du devis) ;
  • les problèmes constatés, avec photos en annexe ;
  • ce que vous demandez : terminer, réparer, rembourser ;
  • un délai précis pour s'exécuter (par exemple 15 jours) ;
  • les suites envisagées si rien ne se passe.

Cette lettre est indispensable : elle fixe la date à partir de laquelle l'artisan est officiellement en retard, et elle conditionne plusieurs de vos recours.

Étape 5 : faire valoir vos droits si l'artisan ne réagit pas

Faire terminer ou reprendre les travaux par un autre artisan

Après une mise en demeure restée sans effet, vous pouvez faire exécuter les travaux par une autre entreprise, dans un délai et à un coût raisonnables, puis en demander le remboursement à l'artisan défaillant (article 1222 du Code civil).

Réduire le prix

Si les travaux sont mal exécutés et que vous n'avez pas tout payé, vous pouvez, après mise en demeure, notifier à l'artisan une réduction proportionnelle du prix. Si vous avez déjà tout payé, c'est au juge de la fixer (article 1223 du Code civil).

Passer par un médiateur, gratuitement

Si vous êtes un particulier, vous avez le droit de recourir gratuitement au médiateur de la consommation dont dépend l'artisan (article L612-1 du Code de la consommation). Ses coordonnées doivent figurer sur le devis, les conditions générales ou le site de l'artisan.

Saisir la justice

Si la somme en jeu ne dépasse pas 5 000 €, vous devez en principe tenter d'abord une conciliation (le conciliateur de justice est gratuit), une médiation ou une procédure participative avant de saisir le tribunal (article 750-1 du Code de procédure civile).

Attention aux délais. En dehors des garanties légales ci-dessus, l'action en responsabilité contre un constructeur se prescrit par 10 ans à compter de la réception des travaux (article 1792-4-3 du Code civil). Dans les autres cas, le délai de droit commun est de 5 ans à compter du jour où vous avez connu le problème (article 2224 du Code civil). Le bon délai dépend de la nature des travaux : faites-le vérifier sans attendre.

Le cas de l'acompte versé

Vous avez versé une somme à la signature et l'artisan ne commence pas les travaux ?

Entre un professionnel et un particulier, sauf mention contraire dans le contrat, les sommes versées d'avance sont des arrhes (article L214-1 du Code de la consommation). Si c'est l'artisan qui renonce, il doit vous rembourser le double.

Si le devis parle expressément d'acompte, le contrat est ferme : l'artisan doit exécuter les travaux, et vous pouvez exiger l'exécution ou la résolution du contrat avec remboursement.

Se faire accompagner

Un litige avec un artisan se gagne souvent sur la méthode : une mise en demeure bien rédigée, les bonnes preuves, le bon interlocuteur.

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Questions fréquentes

Envoyez-lui une mise en demeure en recommandé avec un délai précis. Sans réponse, vous pouvez faire terminer les travaux par une autre entreprise et lui en demander le remboursement (article 1222 du Code civil).
La garantie de parfait achèvement (1 an), la garantie de bon fonctionnement (2 ans minimum) et la garantie décennale (10 ans), toutes à compter de la réception des travaux.
Sauf mention contraire au contrat, une somme versée d'avance à un professionnel est considérée comme des arrhes : si l'artisan renonce, il doit vous rembourser le double (article L214-1 du Code de la consommation).
Oui en principe si le litige porte sur 5 000 € ou moins : une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est obligatoire avant de saisir le juge (article 750-1 du Code de procédure civile).

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