Droit de la Consommation

Malfaçons de travaux : quels recours contre l'artisan ?

Carrelage décollé, fissures, infiltrations : selon le défaut et la date de réception des travaux, l'artisan doit réparer au titre de la garantie de parfait achèvement (1 an), de bon fonctionnement (2 ans) ou décennale (10 ans). Commencez par une mise en demeure écrite.

Fissures qui apparaissent quelques semaines après les travaux, carrelage qui se décolle, infiltrations dans la salle de bain refaite à neuf, peinture bâclée…

Vous avez payé pour des travaux bien faits, et le résultat n'est pas au rendez-vous.

Ces défauts ont un nom : des malfaçons. Et la loi vous donne plusieurs moyens d'obliger l'artisan à les réparer, ou d'obtenir une compensation.

👉 Lorna Discute vous aide à identifier le bon recours selon le type de malfaçon et l'ancienneté des travaux.

Qu'est-ce qu'une malfaçon ?

Une malfaçon est un défaut d'exécution des travaux : ce qui a été réalisé ne correspond pas à ce qui était prévu au devis, aux règles de l'art ou aux normes applicables.

Quelques exemples fréquents :

  • un carrelage mal posé, avec des joints irréguliers ou des carreaux qui sonnent creux ;
  • une douche à l'italienne dont l'eau s'infiltre dans le mur ou chez le voisin du dessous ;
  • des fissures dans un mur ou une dalle après des travaux de maçonnerie ;
  • une installation électrique non conforme ;
  • une toiture qui fuit après réfection.

💡 Astuce : photographiez chaque défaut dès que vous le constatez, avec la date, et conservez une copie du devis signé. Ces preuves seront décisives.

Le moment clé : la réception des travaux

Vos recours dépendent d'abord d'une question : avez-vous déjà réceptionné les travaux ?

La réception est l'acte par lequel vous acceptez les travaux, avec ou sans réserves (article 1792-6 du Code civil).

Si les travaux ne sont pas encore réceptionnés

Ne signez pas de procès-verbal de réception sans réserves si vous constatez des défauts.

Notez précisément chaque malfaçon dans le procès-verbal : ce sont les réserves. L'artisan devra les lever, c'est-à-dire corriger chaque point, au titre de la garantie de parfait achèvement.

Si les travaux sont déjà réceptionnés

Pas de panique : même après la réception, plusieurs garanties légales s'appliquent, selon la gravité du défaut et le temps écoulé.

Quelle garantie selon votre malfaçon ?

Moins d'un an après la réception : la garantie de parfait achèvement

Pendant un an à compter de la réception, l'artisan doit réparer tous les désordres signalés, qu'ils aient été notés dans le procès-verbal ou signalés ensuite par écrit (article 1792-6 du Code civil).

Si l'artisan ne répare pas dans le délai convenu, les travaux peuvent, après mise en demeure restée sans effet, être réalisés à ses frais et risques par une autre entreprise.

Un équipement qui ne fonctionne pas : la garantie de bon fonctionnement

Les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage réalisé (volets roulants, radiateurs, robinetterie posés lors d'une construction…) bénéficient d'une garantie de bon fonctionnement d'au moins deux ans à compter de la réception (article 1792-3 du Code civil).

⚠️ Attention en cas de rénovation : si l'équipement (chauffe-eau, radiateurs, climatisation…) a été installé en remplacement ou en ajout sur un logement existant, sans constituer en lui-même un ouvrage, il ne relève ni de la garantie décennale ni de la garantie de bon fonctionnement, quelle que soit la gravité du problème. C'est alors la responsabilité contractuelle de l'artisan qui s'applique (article 1231-1 du Code civil ; Cour de cassation, 3e chambre civile, 21 mars 2024, n° 22-18.694).

Un dommage grave : la garantie décennale

Si la malfaçon compromet la solidité du bâtiment ou le rend impropre à son usage (infiltrations importantes, affaissement, fissures structurelles…), l'artisan est responsable de plein droit pendant dix ans à compter de la réception (article 1792 du Code civil et article 1792-4-1 du Code civil).

💡 Bon à savoir : pour un dommage relevant de la garantie décennale, vous pouvez vous adresser directement à l'assureur décennal de l'artisan. Ses coordonnées figurent normalement sur le devis ou la facture.

Les étapes pour obtenir réparation

1. Prévenir l'artisan

Commencez par un échange écrit (e-mail ou courrier) décrivant les défauts et demandant une intervention. Beaucoup de malfaçons se règlent à ce stade.

2. Envoyer une mise en demeure

Sans réponse, envoyez une lettre de mise en demeure en recommandé avec accusé de réception (article 1344 du Code civil), avec la liste des malfaçons, les photos et un délai précis pour intervenir.

3. Faire constater les défauts

Si l'artisan conteste, faites établir un constat : un expert en bâtiment, votre assurance habitation (qui inclut souvent une protection juridique) ou un commissaire de justice peut documenter les malfaçons.

4. Choisir le bon recours

Les erreurs à éviter

  • Ne pas payer le solde sans réserve si des défauts sont visibles : signalez-les par écrit avant.
  • Ne pas faire réparer par un autre artisan sans mise en demeure préalable : vous risqueriez de ne pas être remboursé.
  • Ne pas laisser passer les délais : 1 an, 2 ans, 10 ans à compter de la réception selon la garantie.

Pour une vue d'ensemble de toutes les situations (abandon de chantier, acompte, retard, facture), consultez notre guide Litige avec un artisan : que faire ?

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Questions fréquentes

Tout dépend de la garantie : 1 an après la réception pour la garantie de parfait achèvement, 2 ans pour les équipements de l'ouvrage réalisé, 10 ans pour les dommages graves (garantie décennale). Pour un équipement remplacé lors d'une rénovation, c'est la responsabilité contractuelle de droit commun qui s'applique : faites vérifier le délai.
Vous pouvez émettre des réserves à la réception et, après mise en demeure, notifier à l'artisan une réduction proportionnelle du prix pour la partie non encore payée (article 1223 du Code civil).
Oui, après une mise en demeure restée sans effet, vous pouvez faire réaliser les travaux par une autre entreprise, dans un délai et à un coût raisonnables, et en demander le remboursement (article 1222 du Code civil).
Pour un dommage grave relevant de la garantie décennale, adressez-vous à son assureur décennal, dont les coordonnées figurent normalement sur le devis ou la facture.

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