Droit immobilier

Expulsion du locataire

Loyers impayés, manquement au bail ou maintien sans droit ni titre : la procédure d'expulsion suit des étapes strictes, du commandement de payer jusqu'au concours de la force publique.

Votre locataire ne paie plus, ne respecte pas le bail, ou reste dans les lieux après la fin du contrat ? L'expulsion est une procédure judiciaire encadrée étape par étape — aucune expulsion n'est possible sans jugement, même si le propriétaire est dans son droit.

Huissier signifiant un commandement de quitter les lieux à un locataire en procédure d'expulsion locative

Dans quels cas peut-on expulser un locataire ?

Trois motifs principaux justifient une procédure d'expulsion :

  • Les loyers impayés, le plus fréquent, géré par la clause résolutoire présente dans la quasi-totalité des baux ;
  • Un manquement grave au bail : troubles de voisinage, sous-location non autorisée, défault d'assurance habitation ;
  • Le maintien dans les lieux sans droit ni titre, après un congé régulier (vente, reprise, motif légitime) ou la fin naturelle du bail.

Dans les trois cas, un jugement d'expulsion est indispensable : un propriétaire ne peut jamais expulser lui-même, même en changeant les serrures ou en coupant l'électricité — ces actes sont pénalement sanctionnés.

Quelles sont les étapes de la procédure d'expulsion ?

1. Le commandement de payer ou de respecter le bail

Pour un impayé, un commandement de payer doit être délivré par un commissaire de justice (article 24 de la loi du 6 juillet 1989), laissant six semaines au locataire pour régulariser — ce délai, auparavant de deux mois, a été réduit par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023. Pour un autre manquement, un commandement de respecter les clauses du bail est délivré selon une logique similaire.

2. La saisine du tribunal judiciaire

Si le locataire ne régularise pas, le propriétaire assigne devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. La représentation par avocat n'est pas obligatoire, mais fortement recommandée compte tenu des règles de forme strictes qui peuvent invalider la procédure en cas d'erreur.

3. Le jugement et le commandement de quitter les lieux

Le jugement prononce la résiliation du bail et fixe les modalités de départ. Une fois le jugement signifié, un commandement de quitter les lieux est délivré par commissaire de justice, laissant au minimum 2 mois au locataire (article L.412-1 du Code des procédures civiles d'exécution).

4. L'exécution et le concours de la force publique

Si le locataire ne part toujours pas, le propriétaire demande le concours de la force publique au préfet pour faire exécuter l'expulsion par le commissaire de justice. En cas de refus, le propriétaire peut obtenir une indemnisation de l'État (article L.153-1 du Code des procédures civiles d'exécution).

Existe-t-il une trêve hivernale ?

Oui. Du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion ne peut être exécutée (article L.412-6 du Code des procédures civiles d'exécution), sauf deux exceptions : un relogement correspondant aux besoins du locataire lui a été proposé, ou il s'agit d'une situation de squat — introduction sans droit ni titre par voies de fait dans un logement qui n'est pas la résidence principale de l'occupant. La procédure judiciaire, elle, peut continuer et aboutir à un jugement pendant cette période ; seule l'exécution physique est suspendue.

Le locataire peut-il obtenir des délais supplémentaires ?

Le juge peut accorder des délais de grâce pouvant aller jusqu'à trois ans, en tenant compte de la bonne foi du locataire, de sa situation financière, de l'existence d'un relogement possible et des conséquences pour le propriétaire. Ces délais suspendent l'exécution de l'expulsion, mais pas l'obligation de payer les loyers dus.

Combien coûte une procédure d'expulsion pour un propriétaire ?

Chaque acte de commissaire de justice (commandement de payer, assignation, signification du jugement, commandement de quitter les lieux, tentative d'exécution) a un coût à avancer, généralement entre quelques centaines et plus d'un millier d'euros au total selon la complexité du dossier. Ces frais sont théoriquement recouvrables auprès du locataire, mais rarement récupérés en pratique si celui-ci n'est plus solvable. Une assurance loyers impayés (GLI) souscrite à l'entrée dans les lieux couvre généralement une partie de ces frais de procédure en plus des loyers dus.

Pour aller plus loin

🔎 Références officielles

Questions fréquentes

Trois motifs principaux : les loyers impayés (via la clause résolutoire du bail), un manquement grave au bail (troubles de voisinage, sous-location non autorisée), ou le maintien dans les lieux sans droit ni titre après un congé régulier ou la fin du bail. Dans tous les cas, un jugement est nécessaire — aucune expulsion ne peut avoir lieu sans passer par le tribunal.
Le propriétaire fait délivrer un commandement de payer ou de respecter le bail par un commissaire de justice, puis saisit le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. Une fois le jugement obtenu, un commandement de quitter les lieux est signifié, avant l'exécution proprement dite.
Oui. Du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion ne peut être exécutée, sauf si le locataire s'est vu proposer un relogement correspondant à ses besoins, ou s'il s'agit d'un squat (occupation sans droit ni titre d'un logement qui n'est pas la résidence principale de l'occupant).
Entre 6 et 24 mois en moyenne, du commandement de payer à l'exécution effective, selon l'encombrement du tribunal, les délais de grâce accordés au locataire et la période de trêve hivernale.
Le commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux, laissant au moins 2 mois. Si le locataire reste, le propriétaire peut demander le concours de la force publique au préfet ; en cas de refus, il peut obtenir une indemnisation de l'État.

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