Droit de la Famille

Prestation compensatoire : qui y a droit et comment est-elle calculée ?

Conditions, calcul, formes de versement et recours en révision de la prestation compensatoire

Qu'est-ce que la prestation compensatoire ?

La prestation compensatoire est une somme versée par l'un des ex-époux à l'autre pour compenser la disparité que le divorce crée dans leurs conditions de vie respectives. Elle est régie par les articles 270 à 285 du Code civil. Elle n'est pas automatique : elle doit être demandée, et le juge l'accorde uniquement si la disparité est réelle et significative.

Qui peut en bénéficier ?

L'un ou l'autre des époux peut en bénéficier — il n'y a pas de présupposé de genre. Le critère est uniquement économique : le divorce doit créer un écart notable dans le niveau de vie. En pratique, c'est le plus souvent l'époux qui a sacrifié sa carrière pour s'occuper des enfants ou du foyer qui en bénéficie.

Exception : en cas de divorce pour faute, le juge peut refuser la prestation compensatoire au conjoint fautif si l'équité le commande (article 270 alinéa 3 du Code civil).

Comment le juge calcule-t-il son montant ?

L'article 271 du Code civil liste les critères que le juge prend en compte :

  • La durée du mariage
  • L'âge et l'état de santé des époux
  • Leur qualification professionnelle et leurs perspectives d'évolution de carrière
  • Leurs revenus actuels et prévisibles, leur patrimoine
  • Les droits existants et prévisibles à la retraite
  • Les choix professionnels faits pendant la vie commune (ex. : abandon d'emploi pour élever les enfants)

Il n'existe pas de barème légal : le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation.

Sous quelles formes est-elle versée ?

  • Capital unique : versement en une fois ou échelonné sur 8 ans maximum. C'est la forme privilégiée par les juges car elle rompt définitivement le lien financier entre les ex-époux.
  • Rente viagère : mensualités versées jusqu'au décès du bénéficiaire. Accordée uniquement quand l'âge ou l'état de santé du bénéficiaire ne lui permet pas de subvenir à ses besoins.
  • Attribution d'un bien : remise d'un bien en pleine propriété, usufruit ou droit d'usage (ex. : rester dans le logement conjugal).

Peut-on la faire réviser ?

Une prestation en capital est en principe définitive. Une rente viagère peut être révisée à la hausse ou à la baisse en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l'une ou l'autre partie (article 276-3 du Code civil). La demande se fait devant le juge aux affaires familiales.

Que se passe-t-il en cas de remariage ou décès ?

Le remariage ou le PACS du bénéficiaire entraîne la suppression automatique de la rente (article 276-3). En cas de décès du débiteur, la rente est transmise à ses héritiers dans la limite de l'actif successoral.

Conseil des juristes de Lorna Discute : si vous pensez avoir droit à une prestation compensatoire, faites établir un bilan patrimonial comparatif avant l'audience. Les juges accordent beaucoup d'importance aux éléments chiffrés : fiches de paie, relevés de retraite, simulation de pension. Un dossier bien documenté change significativement le montant accordé.

Questions fréquentes

Non. Elle doit être demandée explicitement et n'est accordée que si le divorce crée une disparité significative dans les conditions de vie des époux (article 270 du Code civil).
Il tient compte de la durée du mariage, de l'âge et de l'état de santé des époux, de leur qualification professionnelle, de leurs revenus et patrimoines respectifs, et des choix de carrière faits durant la vie commune.
Oui, mais uniquement si un changement important de situation le justifie (chômage, retraite, remariage). La révision n'est pas automatique : il faut saisir le juge aux affaires familiales.
Si elle est versée en capital dans les 12 mois suivant le divorce, elle ouvre droit à une réduction d'impôt de 25 % pour le débiteur. En cas de rente, elle est déductible pour le débiteur et imposable pour le bénéficiaire.
Non. Une prestation fixée par jugement est exécutoire. Le non-paiement constitue un abandon de famille, infraction pénale prévue à l'article 227-3 du Code pénal.

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